Le Pack AML ne se limite pas à harmoniser la vigilance client via l’AMLR. Il modifie profondément la nature de la responsabilité et du risque juridique pour les établissements.
La 6e directive anti-blanchiment (AMLD6), dans son articulation avec le règlement AMLR et le règlement 2023/1113, structure un régime répressif européen plus cohérent, plus lisible et plus dissuasif. Son apport principal réside dans le renforcement explicite de la responsabilité des personnes morales et dans l’encadrement harmonisé des sanctions.
La conformité cesse d’être seulement une question de processus. Elle devient un enjeu de responsabilité opposable.
L’AMLD6 impose aux états membres de veiller à ce que les personnes morales puissent être tenues responsables des infractions aux règles AML applicables:
Cette seconde hypothèse est déterminante. Elle introduit une logique de responsabilité fondée sur l’insuffisance organisationnelle.
Autrement dit, une entité peut être tenue responsable non seulement pour un acte intentionnel d’un dirigeant, mais aussi pour une défaillance de son dispositif de contrôle interne. Le considérant 103 précise que les infractions commises par des dirigeants, agents ou distributeurs peuvent engager la responsabilité de l’entité, y compris en cas de négligence.
La conformité devient ainsi un élément structurant de la défense juridique de la personne morale.
L’AMLD6 ne se limite pas à prévoir l’existence de sanctions. Elle impose que les États membres établissent des règles garantissant que celles-ci soient effectives, proportionnées et dissuasives. Elle encadre également les critères devant être pris en compte pour déterminer le niveau des sanctions.
Ces critères incluent notamment:
Cette grille d’analyse harmonisée réduit les disparités nationales et favorise une approche plus cohérente à l’échelle européenne. La sanction n’est plus seulement une réponse nationale à un manquement local. Elle s’inscrit dans un cadre de détermination structuré et comparable.
Le texte insiste explicitement sur l’effet dissuasif renforcé des sanctions. La combinaison d’une responsabilité élargie des personnes morales et d’une harmonisation des critères de sanction crée un environnement où la probabilité d’une réponse répressive cohérente augmente.
La coopération entre superviseurs et la coordination dans les affaires transfrontières réduisent le risque de divergences significatives entre États membres.
Le principe ne bis in idem est également rappelé, afin d’assurer une articulation cohérente entre sanctions administratives et pénales. L’objectif est double.
La crédibilité du cadre répressif repose sur sa cohérence.
L’AMLD6 modifie la manière dont la gouvernance interne doit appréhender la conformité. Si la responsabilité peut être engagée en cas de défaut de surveillance ou de contrôle, alors l’organisation interne, la documentation des processus et la traçabilité des décisions deviennent des éléments centraux.
Il ne suffit plus de disposer d’une politique écrite. Il faut démontrer que le dispositif fonctionne, que les contrôles sont effectifs et que les arbitrages sont justifiés.
La conformité devient un facteur de réduction du risque pénal et administratif. Le conseil d’administration, la direction générale et les fonctions de contrôle interne doivent intégrer cette dimension dans leur cartographie des risques.
L’exposition ne se limite plus à une sanction administrative isolée. Elle peut affecter durablement la réputation et la solidité financière de l’entité.
L’AMLD6 introduit une articulation plus étroite entre obligation réglementaire et responsabilité juridique. La vigilance client, harmonisée par l’AMLR, constitue le socle opérationnel. La responsabilité des personnes morales, encadrée par l’AMLD6, constitue le levier répressif. La coordination européenne de la supervision renforce la cohérence de l’ensemble.
Ce triptyque modifie l’équation. La conformité n’est plus seulement une fonction de conformité aux règles. Elle devient une composante stratégique de maîtrise du risque juridique et pénal.
Le risque AML ne peut plus être traité comme un risque périphérique. Il est intégré au cœur de la gouvernance.
L’AMLD6 ne crée pas simplement un cadre plus strict. Elle structure un environnement où la responsabilité des personnes morales est clairement engagée et où les sanctions sont déterminées selon des critères harmonisés.
La transformation est profonde. Elle fait évoluer la conformité d’une logique de procédure vers une logique de responsabilité opposable. Dans le cadre du Pack AML6, la vigilance client harmonisée et la responsabilité renforcée des entités ne sont pas deux chantiers distincts. Elles constituent les deux faces d’un même mouvement. La conformité devient un enjeu stratégique européen.
L'AMLD6 est la sixième directive anti-blanchiment de l'Union européenne. Elle renforce le cadre répressif AML en élargissant la responsabilité des personnes morales et en harmonisant les critères de détermination des sanctions entre les États membres. Elle s'inscrit dans le Pack AML6 aux côtés du règlement AMLR et du règlement 2023/1113, entré en vigueur en 2024, dont la transposition doit intervenir d'ici mi-2027.
Le Royaume-Uni a quitté l'Union européenne avant l'entrée en vigueur de l'AMLD6 et n'est pas lié par cette directive. Les établissements britanniques restent soumis aux Money Laundering Regulations 2017 et aux orientations de la FCA et du HMRC. Toutefois, tout groupe basé au Royaume-Uni disposant d'entités agréées dans l'UE sera confronté aux exigences de l'AMLD6 dans ces juridictions, ce qui rend la directive pertinente pour les équipes conformité opérant à l'international.
L'AMLD6 ne fixe pas de montants de sanctions pour tous les types de manquements. Elle définit les critères devant guider leur détermination : la gravité et la durée de l'infraction, le degré de responsabilité de l'entité, toute répétition des infractions, la solidité financière de la personne morale, l'avantage tiré du manquement, les pertes causées et le niveau de coopération avec l'autorité compétente. L'exigence fondamentale reste que les sanctions soient effectives, proportionnées et dissuasives.
Oui. L'une des dispositions les plus significatives de l'AMLD6 est la reconnaissance explicite de la responsabilité découlant de défaillances dans la surveillance ou le contrôle interne. Il n'est pas nécessaire qu'un acte intentionnel ait été commis. Si le dispositif interne de l'entité n'était pas suffisamment robuste pour prévenir l'infraction, sa responsabilité peut être engagée. La qualité et la documentation des contrôles internes deviennent ainsi une préoccupation juridique directe.
Les établissements doivent examiner la robustesse et la documentation de leurs dispositifs de contrôle interne, s'assurer que leurs processus de gouvernance AML sont traçables et auditables, et intégrer le risque de responsabilité des personnes morales dans leur cartographie des risques au niveau du conseil d'administration. Un programme de conformité bien documenté et opérationnel constitue la première ligne de défense dans le cadre du régime de responsabilité institué par l'AMLD6.
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