Le 18 juin, nous avons ouvert notre bureau de Gand à une salle comble de professionnels de la conformité, du risque et de l'innovation, pour l'édition belge de Compliance Connection. Une note d'ouverture et trois tables rondes animées par des experts, sans marathon de diapositives ni argumentaire commercial, simplement une journée d'échange honnête entre personnes confrontées aux mêmes questions.
Une idée a traversé chaque conversation, de la note d'ouverture au verre de clôture : la conformité n'est plus un ensemble d'obligations à cocher en marge de l'activité. Elle devient une fonction stratégique, un système à orchestrer et, de plus en plus, à démontrer. Le défi n'est plus simplement d'être conforme. Il s'agit de démontrer, en continu, que l'on maîtrise un système que l'on n'opère plus entièrement soi-même.
Voici ce que nous avons retenu de cette journée.
Nous avons construit les dispositifs de conformité comme grandissent les villes : strate après strate, contrôle après contrôle, chaque ajout rationnel sur le moment, jusqu'à un résultat que personne ne concevrait délibérément. Thomas Van Maele a ouvert la journée par la question qui sous-tend tout le reste : si nous reconstruisions la conformité à partir de zéro aujourd'hui, qu'est-ce qui changerait vraiment ?
La réponse qui s'est dégagée de la salle tenait moins aux outils qu'au positionnement. La conformité passe du back-office au conseil d'administration, d'une fonction qui absorbe des coûts à une fonction qui façonne la manière dont une institution se développe, noue des partenariats et inspire confiance. Johannes Thym a ensuite livré un regard franc sur la façon dont Ayvens repense ses opérations de conformité au sein d'une organisation vaste et distribuée. Pas une présentation de vision. Un cas en cours, avec les arbitrages laissés visibles.
Juillet 2027 est plus proche qu'il n'y paraît. Le point qui a le plus marqué cette session : les superviseurs n'évalueront pas seulement votre état final ; ils évalueront la crédibilité de la trajectoire suivie. Un plan défendable, exécuté honnêtement, compte davantage qu'une affirmation soignée de préparation.
La table ronde a passé en revue ce que les institutions financières construisent réellement aujourd'hui, ce qu'elles attendent encore et où subsistent les plus grandes inconnues, avec un cadrage réglementaire ancré par des praticiens qui en vivent les implications au quotidien. L'essentiel revient à ce que l'AMLR change pour la vigilance client, et à la façon dont elle s'inscrit dans le paquet AML de l'UE plus large. Le fil conducteur : l'AMLR est moins une échéance à survivre qu'une occasion de reconstruire la conformité comme le système orchestré qu'elle doit devenir.
À un moment, la lettre arrive. Le réflexe est de considérer l'inspection comme une épreuve à affronter. Le recadrage plus utile issu de cette session est l'inverse : traiter le superviseur comme un allié, pas comme un adversaire. Un régulateur qui voit clairement comment vous parvenez à vos décisions est un régulateur avec qui vous pouvez construire une relation.
Cela ne fonctionne que si les preuves sont là, visibles. Lorsqu'un superviseur vous demande de reconstituer la chaîne de décision derrière une alerte clôturée, la réponse ne devrait pas être des journées passées à rassembler des éléments dispersés entre boîtes mail et dossiers. La table ronde a parcouru le cycle de vie de l'audit : comment se préparer pour que la documentation, les décisions et leur justification soient défendables dès la conception, comment se comporter pendant l'inspection elle-même, et comment structurer la remédiation ensuite. Le tout tiré de personnes qui l'ont vécu.
La technologie ne se contente plus de soutenir la conformité ; elle devient la norme que les régulateurs attendent. eIDAS 2.0, le KYC perpétuel, la détection pilotée par l'IA, l'identité numérique et les portefeuilles, ainsi que l'intégration automatisée des bénéficiaires effectifs et des données, passent du facultatif à l'attendu.
La conversation était rafraîchissante de sobriété. Le potentiel de l'IA dans le filtrage, la détection et la notation du risque est réel, mais la question plus difficile est de savoir comment la mettre en production d'une manière opérationnellement saine et défendable devant un superviseur, et où le jugement humain doit encore intervenir. Il en va de même pour l'identité numérique et pour l'intégration des bénéficiaires effectifs et des données : les institutions qui prennent de l'avance sont celles qui les traitent comme des décisions d'infrastructure à horizon de dix ans, et non comme des fonctionnalités à ajouter après coup.
Trois choses, au final. La conformité devient une fonction stratégique, et non une ligne de coûts à minimiser. Le superviseur se comprend mieux comme un allié à mobiliser tôt que comme un obstacle à gérer tard. Et la norme technologique s'est discrètement déplacée, de sorte que ce qui était facultatif il y a quelques années est désormais simplement attendu.
Merci à toutes celles et tous ceux qui nous ont rejoints à Gand, et aux intervenants qui ont fait de ces conversations ce qu'elles ont été : Thomas Van Maele, Johannes Thym, David Vantorre, Joan Carette, Christophe Olenaed, Jeffrey Goethals, Marta Gonzalez Perez, Kevin Seminck, Philippe De Prez, Philippe Montreux, Mathias Heyse, Alexandra Hoen, Pierre-Henri Janssens et Saar de Zutter.
Compliance Connection est une série de rencontres entre pairs destinées aux professionnels de la conformité, organisée par Harmoney à travers l'Europe. Si une session évoquée ici a soulevé un point que vous souhaitez approfondir, nous serons toujours heureux de poursuivre la conversation.
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